Engrais : inquiet, le secteur agricole ouest-africain voit le cours des intrants s’envoler

Premier pourvoyeur d’activité de la sous-région (60 % des emplois) et au cœur des enjeux de sécurité alimentaire et de souveraineté nationale, le secteur agricole ouest-africain est frappé de plein fouet par la flambée des prix des principaux engrais.

En l’espace de quelques mois, les intrants agricoles les plus utilisés ont vu leurs cours exploser. C’est le cas notamment du DAP (Diammonium Phosphate), l’un des engrais les plus usités en Afrique de l’Ouest : celui-ci a vu son cours doubler depuis décembre pour approcher aujourd’hui les 600 dollars la tonne. Idem pour l’urée, une solution azotée courante dont le prix ne cesse de grimper depuis le début de l’année. Le cas de la fertilisation souffrée (à base de souffre) est le plus édifiant. En Côte d’Ivoire par exemple, « le prix moyen est passé de 70 dollars (la tonne) à 230 dollars en moins d’un an », rappelle un importateur local, qui explique cette inflation généralisée des prix des engrais par « le renchérissement du cours des composants nécessaires à leur production ».

De fait, cette série d’illustrations rappelle la forte tendance haussière de la conjoncture mondiale actuelle, portée par une demande importante et la flambée des cours des matières premières, l’azote et le phosphate notamment. Une configuration encore renforcée par l’accroissement des coûts liés au fret maritime, provoqué par la pandémie de Covid-19.

Résultat, dans nombre de pays ouest-africains, un vent d’inquiétude souffle sur la filière agricole. En Mauritanie, un certain nombre de médias se sont ainsi fait l’écho des difficultés rencontrées par le Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA), l’institution publique chargée de la fourniture des intrants agricoles dans le pays, qui a eu bien du mal à conclure fin février son appel d’offres pour l’achat de 7 800 tonnes de DAP et de 15 000 tonnes d’urée. Cité par notre confrère Jeune Afrique, Mounir Halim, directeur général d’Afriqom, un cabinet de conseil spécialisé dans le marché des engrais en Afrique, relève pour sa part que « si le Bénin a bien géré la situation en réalisant ses achats avant la hausse des prix, le Mali et le Burkina Faso pâtissent de la tendance haussière quand l’approvisionnement au Ghana pourrait aussi être fragilisé ». 

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Une  situation tendue qui ne devrait pas améliorer le déjà faible usage des engrais par l’agriculture africaine. Les agriculteurs du continent sont ceux qui utilisent le moins d’engrais au monde  – environ 15 kg/ha contre plus de 200 kg/ha en Chine, près de 190 kg/ha en Europe ou aux États-Unis, et plus de 100 kg/ha en Inde. Pis, ce sont les performances agricoles qui pourraient, à brève échéance, en pâtir. Nombre d’acteurs interrogés s’inquiètent dors et déjà d’une possible chute des cultures de rentes voire, d’une crise alimentaire.