La RDC veut remettre à plat ses contrats miniers

En visite le 13 mai dans la ville de Kolwezi, l’eldorado minier du Katanga, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a critiqué avec virulence les opérateurs miniers, coupables de devenir « de plus en plus riches » alors que les Congolais « croupissent toujours dans la misère ».

En conséquence, le chef de l’Etat congolais a annoncé son intention de renégocier en profondeur les contrats miniers, notamment ceux conclus avec la Chine par son prédécesseur Joseph Kabila. « Il est temps que le pays réajuste ses contrats avec les miniers pour sceller des partenariats gagnant-gagnant (…) J’en ai vraiment assez! (…) Je suis très sévère envers ces investisseurs qui viennent s’enrichir seuls. Ils viennent les poches vides et repartent milliardaires », a ainsi fustigé le dirigeant devant un auditoire tout acquis à sa cause. Arrivées en masse au tournant des années 2000, au fur et à mesure des cessions successives des gisements de la Gécamines, les entreprises minières sont aujourd’hui une quarantaine à opérer au Katanga, dont une trentaine sont chinoises ou à capitaux majoritairement chinois.

Les opérateurs venus de l’Empire du Milieu ne sont cependant pas les seuls à être pointés du doigt. Fin avril, la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a publié un court rapport analysant le projet minier Yabiso de l’israélien Dan Gertler, une figure sulfureuse du monde des affaires congolais, proche de l’ancien président Kabila. Sur la base de son enquête,  la plateforme CNPAV affirme que les contrats signés avec l’homme d’affaires ont déjà coûté « 1,95 milliard de dollars de recettes » à l’État congolais. Pis, «si rien n’est fait pour stopper cette hémorragie, 1,76 milliard de dollars supplémentaires au titre de royalties pourraient échapper aux caisses de l’État entre 2021 et 2039 », avertissent les auteurs du rapport, qui ont compulsé des données publiques financières publiées entre 2003 et 2021 pour établir leur analyse.

La concomitance de ces accusations traduit en tous les cas un changement de ton plus martial de la part de Kinshasa, déterminé à capitaliser au mieux sur une conjoncture au beau fixe pour remporter son bras de fer avec les miniers : le cuivre s’échange présentement à plus de 10 000 dollars la tonne à Londres, son niveau le plus haut depuis une décennie, porté par une transition énergétique gourmande en cuivre.

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Lucide, le président Tshisekedi a toutefois reconnu une part de responsabilités à la classe dirigeante congolaise. « Certains de nos compatriotes avaient mal négocié les contrats miniers. Pire, le peu qui revient à l’État, ils l’ont mis dans leurs propres poches », s’est désolé le chef de l’Etat congolais.