Cameroun – Euphrasie Mbamba, star montante du «bean to bar»

Suite de l’article

R. : Quels sont les volumes de production respectifs de vos plantations au Cameroun, à Madagascar, et de votre chocolaterie ?

E. M. : Notre plantation a une superficie de 14 hectares et produit 10 tonnes par an. Sigōji en utilise 6, le reste étant vendu à nos partenaires. Celle de Madagascar s’étend sur plusieurs hectares et je n’ai pu en visiter que 30. Elle est constituée de vieux cacaoyers qui m’intéressaient, cependant nous n’en sommes pas les propriétaires. Nous utilisons ½ tonne du chocolat issu de cette plantation.

R. : Comment la plantation camerounaise contribue-t-elle à l’économie locale ?

E. M. : Principalement à travers la création d’emplois, d’abord au sein de la famille puis par extension auprès des locaux.

R. : Quels sont, selon vous, les enjeux et les défis liés à la filière au Cameroun et en Afrique ? 

E. M. : La filière du cacao est fort cadenassée au Cameroun et en Afrique en général. Dans les pays d’Amérique latine, il est possible de traiter directement avec les cacaoculteurs, de racheter les fèves et de les faire revenir en petite quantité. Par conséquent, il est possible d’aider les planteurs à mieux produire, car l’achat est direct. Au Cameroun, il y a trop d’intervenants, notamment les « coxeurs » ou « cassiers », qui travaillent pour la grande industrie et achètent du mauvais cacao, reléguant ainsi la production locale au Grade 2, alors que celle-ci pourrait obtenir le Grade 1. Certains pays, comme le Togo par exemple, essayent d’apporter les changements nécessaires. Aujourd’hui, pour avoir une carte d’exportation au Cameroun, il faut disposer d’au moins 18 000 euros et payer des cotisations faramineuses, notamment au GEX (Groupement des exportateurs cacao/cafés), c’est vraiment le comble !

« La filière du cacao est fort cadenassée au Cameroun et en Afrique en général »

Euphrasie Mbamba

R. : Quels sont vos projets pour Sigōji ?

E. M. : Je me suis toujours dit que si je ne défends pas le secteur du cacao de mon continent, je ne mérite pas de faire ce métier. Mon objectif est de vendre du chocolat et d’apporter mon expertise auprès des cacaoculteurs africains, leur montrer comment cultiver, fermenter et sécher leur cacao pour faire de l’Afrique non seulement le premier producteur, mais un producteur de cacao de Grade 1. Ainsi, les cacaoculteurs bénéficieront d’un bon prix et pourront payer la scolarité de leurs enfants et les soins de santé. Mon grand-père était cacaoculteur, mon oncle était exportateur de cacao. L’un comme l’autre avait plusieurs enfants, pourtant, ils n’ont pas pu leur payer d’études. Il y a un hic !

Euphrasie Mbamba savourant la chair du cacao dans sa plantation au Cameroun ©Sigoji

Lire la suite