Réchauffement climatique : le cacao dans la ligne de mire (Partie 4)

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Cette pratique, qui figure dans le nouveau code forestier ivoirien dont le projet de loi a été adopté fin janvier 2019, « consiste à associer des arbres aux cultures, soit dans des forêts existantes, soit à travers des plantations spécifiques. Elle fournit de nombreux exemples de rétroactions positives, comme la restauration de la fertilité des sols ou la régulation des bioagresseurs », explique Emmanuel Torquebiau, référent sur l’agroforesterie au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

©Cirad

Il s’agit en fait d’une méthode très ancienne qui a plus ou moins résisté selon les régions du monde. Dans les pays du Nord, elle a disparu avec l’avènement de l’agro-industrie tandis qu’en Afrique, nombre d’agriculteurs l’ont abandonnée dans les années 1970, préférant augmenter leur production par le recours à des intrants chimiques et des variétés sélectionnées pour le plein soleil. Bien qu’encore relativement confidentielle en Côte d’Ivoire, elle s’impose de plus en plus comme une alternative aux dérives de la monoculture, seule garantie d’une production durable de cacao, complétée, pourquoi pas, de variétés plus résistantes à la sécheresse. Pour l’heure, la recherche, les programmes environnementaux, les forestiers et les chocolatiers testent chacun à leur niveau différents modèles agroforestiers et la plupart des projets en sont encore au stade expérimental.

La cacaoyère agroforestière peut être définie comme un système de culture qui consiste à associer sur une même parcelle des végétaux ligneux pérennes de grande valeur nutritionnelle, thérapeutique et marchande et/ou de l’élevage aux cacaoyers. Ses avantages sont nombreux. Sur le plan agricole, elle permet entre autres l’amélioration de la fertilité des sols et la création d’un microclimat propice à l’augmentation des rendements et à l’allongement de la durée de vie des cacaoyers. D’un point de vue économique, elle pourra constituer une source de revenu complémentaire et, dans le cas d’une culture de subsistance, augmenter la sécurité alimentaire des familles vivant de la plantation. En Côte d’Ivoire, au Ghana et au Cameroun par exemple, les cacaoyers sont associés à des arbres fruitiers comme l’avocatier, le manguier, le palmier, le safoutier, le colatier ou des espèces forestières intéressantes pour leur bois ou leurs propriétés médicinales. Niveau environnemental enfin, les pratiques d’agroforesterie permettent non seulement de limiter l’usage des intrants chimiques, mais aussi de stocker davantage de carbone que les systèmes sans ombrage, contribuant indirectement à atténuer l’effet de serre.

Exemple de structure de plantation sous ombrage associant cacaoyers et essences forestières sur 4 étages (source : « Étude d’opportunité de projets agroforestiers de culture sous ombrage d’essences forestières », Nicolas Perthuisot et Yohann Fare,
sous la direction de Stéphane Rivain, mai 2018).

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