Envolée des cours du pétrole : quel impact en Afrique ?

Avec la montée des tensions au Proche Orient, les prix de l’or noir pourraient repartir durablement à la hausse. Bonne ou mauvaise nouvelle pour l’Afrique ? Décryptage.

Dans le sillage des attaques de drones contre des installations pétrolières en Arabie saoudite – le premier exportateur mondial –, les cours de l’or noir se sont envolés de plus de 10 % ce lundi 16 septembre. Une situation de crise dont les conséquences à long terme semblent encore difficiles à évaluer : dimanche, la veille de l’ouverture des marchés, le président américain Donald Trump tweetait qu’« il y [avait] des raisons de croire que les [États-Unis, NDLR] connaiss[aient] le coupable et qu’ils [étaient] prêts à riposter », laissant ainsi planer la menace d’une intervention armée.

À court terme cependant, cette crainte sur les stocks disponibles et la forte progression concomitante des prix font mécaniquement le bonheur des autres pays exportateurs, notamment africains. De fait, avec près de 14 % de la production mondiale de pétrole brut, les États africains ont généré l’équivalent de 155 milliards de dollars de revenus en 2018. Les enjeux financiers associés à la manne pétrolière sont donc considérables, en particulier chez les principaux producteurs d’hydrocarbures du continent que sont le Nigeria, l’Angola, la Libye et l’Algérie. Au-delà de ces poids lourds, toute hausse durable des cours profitera aussi à la zone CEMAC, dont les économies (Gabon, Tchad, Congo et Guinée Équatoriale notamment) sont fortement dépendantes des exportations d’or noir. Également concernés, des pays comme les deux Soudan et, dans une moindre mesure, le Niger, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, la Tunisie, le Ghana… dont l’état des finances publiques est partiellement corrélé aux recettes pétrolières.

Pourtant, sur le continent comme ailleurs, les produits des uns représentent des charges pour les autres. Ainsi, la majorité des 54 pays africains ne sont pas producteurs de pétrole, ce qui signifie qu’en cas de maintien des cours à la hausse et à niveaux de prestations publiques identiques, la croissance de leurs dépenses énergétiques entraînera inévitablement une dégradation de leur trésorerie. En Afrique du Nord, c’est le cas notamment du Maroc – deuxième importateur africain de pétrole derrière l’Afrique du Sud –, tandis qu’en Afrique de l’Ouest, la plupart des pays sont concernés (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Gambie, Bénin, Togo, Guinée-Bissau et Conakry, Libéria, Sierra Leone…), de même qu’en Afrique de l’Est et australe (Éthiopie, Tanzanie, Rwanda, Zambie, Zimbabwe, Namibie, Botswana…). Au final donc, au-delà des gains engrangés par les quelques grandes nations exportatrices d’or noir du continent, l’Afrique sortirait globalement perdante de toute augmentation pérenne des cours du pétrole.

Les principaux exportateurs mondiaux de pétrole, en 2018
(valeur en milliards de dollars. Surlignés en jaune, les pays africains).
Source : International Trade Center (ITC)