OCP, le partenariat Sud-Sud pour stratégie

Premier exportateur mondial de minerais de phosphate, l’Office chérifien des phosphates (OCP) se veut également le fer-de-lance de la politique de coopération marocaine Sud-Sud. Laquelle est précisément au cœur de la stratégie d’expansion continentale du Royaume…

Début juin, la fondation OCP annonçait la signature de deux nouveaux accords avec son homologue espagnole « Mujeres por Africa » (Femmes pour l’Afrique), afin d’œuvrer à l’amélioration des conditions de vie des femmes en Afrique. Les deux fondations doivent ainsi lancer un nouveau projet destiné à perfectionner la recherche agricole au Sénégal, à travers la formation de femmes chercheuses et doctorantes sénégalaises spécialistes en agriculture durable au niveau de l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir.

Une actualité que l’on pourrait reléguer à la catégorie des actions menées par le groupe dans le cadre de sa politique de responsabilité sociale et environnementale … si elle ne se trouvait pas précisément au cœur de la stratégie de la société publique chérifienne. Première entreprise marocaine par le chiffre d’affaires (55,9 milliards de dirhams en 2018 – 5,95 milliards de dollars – devant Maroc Telecom) l’OCP, détenu à 95 % par l’État, est de fait l’un des fers-de-lance de la politique de coopération Sud-Sud menée par le Royaume en Afrique et dans certains pays d’Asie. Une démarche calculée qui passe notamment par un positionnement sur la production des fertilisants, filière hautement stratégique pour le Maroc comme pour l’Afrique, où l’agriculture est la clé du développement.

Dame Nature ayant doté le Maroc des plus grandes réserves de phosphorite – élément indispensable à la production d’engrais phosphatés – au monde (50 milliards de tonnes selon l’Institut géologique des États-Unis, soit 70 % des réserves mondiales), le pays a développé, il y a dix ans, dans le cadre de son Plan Maroc – sa feuille de route du développement agricole – , une expertise dans la cartographie de la fertilité des sols, en vue de promouvoir une agriculture durable à travers une utilisation d’engrais adaptée aux différents types de sols. Parti de cette base nationale, le groupe OCP (présidé depuis 2006 par Mostafa Terrab) profitant de l’envolée des cours du phosphate sur les marchés mondiaux, décide alors de diversifier et augmenter sa production. Un pari réussi : en à peine une décennie, l’entreprise s’impose comme le plus grand producteur mondial de phosphates naturels et dérivés, avec près de 30 % du marché. L’Afrique, très logiquement, est une terre à conquérir pour écouler les volumes de production toujours croissants du mastodonte marocain : c’est dans cette optique qu’OCP Africa, filiale di groupe exclusivement dédiée au continent, est lancée en 2016. À l’inverse de ses concurrents, celle-ci ne se limite pas à la construction d’usines d’engrais, mais s’affiche comme un partenaire durable des pays dans lesquels elle s’implante, grâce à la diffusion du savoir-faire et des connaissances marocaines en matière agricole, et la mise en œuvre de projets de développement socio-économique destinés à soutenir les populations rurales.

© OCP

« En tant que groupe africain résolument engagé en faveur du développement de la coopération Sud-Sud, nous mettons l’Afrique au cœur de notre plan de croissance », peut-on ainsi lire sur le site d’OCP. Dans ses grandes lignes, le modèle adopté est simple : en agissant sur l’ensemble de la chaîne de valeur (de l’accompagnement des petits producteurs à la construction d’usines clé en main en passant par l’électrification de zones rurales), par le biais notamment d’une coopération étatique bilatérale forte, l’OCP vend mécaniquement plus ses produits et son expertise.

Concrètement, dans les 14 pays1 où l’Office est présent, celui-ci va construire des usines d’engrais destinées à alimenter le marché local et initier les petits agriculteurs et autres coopératives ciblées aux bonnes pratiques –Au total, selon le groupe, plusieurs centaines de milliers d’agriculteurs auraient déjà bénéficié des projets initiés par sa filiale africaine.

Une bonne illustration de cette stratégie est le partenariat conclu avec l’Éthiopie. Dans la foulée de la visite, en 2016, du roi Mohammed VI à Addis-Abeba, le groupe a ainsi conclu un accord avec le ministère éthiopien de l’Industrie pour la réalisation d’un mégaprojet industriel comprenant notamment une plateforme intégrée de classe mondiale pour la production d’engrais en Éthiopie. Ce projet, qui va mobiliser dans sa première phase un investissement de 2,4 milliards de dollars pour un objectif de 2,5 millions de tonnes/an d’engrais d’ici 2022, doit permettre à l’Éthiopie d’être « autosuffisante en engrais, avec un potentiel à l’export ». La seconde phase du plan éthiopien de l’OCP, un investissement additionnel de 1,3 milliard de dollars prévu à l’horizon 2025, pour 3,8 millions de tonnes / an d’engrais, permettra, elle, de répondre à la demande locale.

La démarche a depuis été répliquée avec succès ailleurs sur le continent, les derniers accords signés portant sur la création d’une plateforme industrielle de production d’ammoniaque et produits dérivés au Nigeria (1,5 milliard de dollars d’investissements estimés) et le lancement d’une caravane agricole au Rwanda, dans le but de réaliser une carte de fertilité des sols pour l’établissement d’une zone pilote de 50 000 ha dans le nord-ouest du pays. Dans le pipe également, la construction d’une usine de production d’engrais au Ghana, annoncée pour 2020.

Une politique de coopération et d’échange de savoir-faire assurément bonne pour le business : les ventes d’engrais sur le continent sont passées de 1,7 million de tonnes en 2016 à 2,5 millions de tonnes en 2017. Et ce n’est qu’un début. À travers ses différents projets sur le continent, l’OCP espère multiplier par cinq sa production de fertilisants (5 millions de tonnes/an à l’heure actuelle) et porter ainsi sa part de marché continentale à 65 %. De quoi renforcer encore davantage la diplomatie économique marocaine sur le continent et… conforter le statut de leader mondial incontesté du phosphate occupé par l’OCP.

1 Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Bénin, République Démocratique du Congo, Angola, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Mozambique, Kenya, Ghana, Éthiopie et Nigeria

L’OCP en chiffres. Source : OCP