Centrafrique : les autorités dévoilent la liste des derniers permis miniers accordés

Une centaine de nouveaux permis d’exploitation minière ont été publiés récemment sur le site du ministère centrafricain des Finances. Problème : nombre d’entre eux sont situés en dehors de la « zone verte » autorisée par le Processus de Kimberley.

Dans un pays où la délivrance des permis d’exploitation minière fait l’objet de toutes les spéculations, les autorités centrafricaines ont décidé de jouer la transparence : mi-mars, c’est l’attribution de 116 permis, délivrés entre le 4 janvier 2018 et le 26 février 2019, qui a été rendue publique sur le site du ministère des Finances. L’information, jusque-là passée quasiment inaperçue, a été dévoilée par Radio France internationale (RFI) le 26 mai.

Bien que certaines de ces autorisations aient trait à des mines de calcaire, de sable et d’argile, la majorité des permis accordés (104 sur 116) concerne l’exploitation d’or et de diamant, les deux principales richesses minières du pays. Parmi les opérateurs ayant décroché ces précieux sésames, les Chinois Zhong Yu Kuang Ye et Tian Xiang, ou bien encore l’entreprise russe Lobaye Invest (voir ci-dessous son permis d’exploitation, publié sur le site du ministère centrafricain des Finances) ; des noms bien connus au sein de la filière minière centrafricaine.


Source :
Ministère centrafricain des Finances.

Plusieurs des lieux retenus interpellent néanmoins : ainsi, près de la moitié des permis délivrés par l’État se situent hors de la « zone verte1 » autorisée par le Processus de Kimberley, le forum mondial de certification du diamant lancé en 2003 dans le but d’éviter que l’exploitation des mines ne finance des conflits. Cité par RFI, le ministre centrafricain des Mines, Léopold Mboli Fatran, précise pour sa part que, selon l’article 43 du code minier, les permis semi-artisanaux délivrés donnent systématiquement à leur titulaire le droit d’exploiter toutes les substances minières qui se trouvent « dans le périmètre attribué ».

D’après les règles fixées par le Processus de Kimberley, l’exploitation des diamants hors zone verte n’est pas illégale en soit ; en revanche, il est interdit de les exporter. Une subtilité sémantique dont n’ont cure les trafiquants présents dans les zones minières. Si 13 000 carats ont été légalement exportés en 2018, ce serait plus de 315 000 carats qui auraient quitté le pays illégalement selon un rapport de l’US Geological Survey. Des revenus « perdus » qui font aujourd’hui cruellement défaut au pays, l’un des plus pauvres au monde (430 dollars de PIB/habitant en 2018).

1 Dans le cadre du Processus de Kimberley, seuls les diamants issus des sous-préfectures de Boda, Nola, Gadzi, Berberati et Carnot sont autorisés à l’exportation.