La Zambie intègre le club des pays africains autorisant la culture du cannabis

En autorisant la culture du cannabis, la Zambie devient le quatrième pays de la région à libéraliser la filière, attiré par les perspectives économiques prometteuses de celle-ci. Alors, ce nouvel « or vert », futur levier de croissance ou miroir aux alouettes ?

Dans le sillage des pays nord-américains, pionniers en la matière, la légalisation du cannabis est désormais bien lancée en Afrique. Dernière avancée en date, le gouvernement zambien a, ce lundi 16 décembre, donné « son accord de principe […] pour la culture, le traitement et l’exportation du cannabis à des fins économiques et médicinales ». La Zambie devient ainsi le quatrième pays d’Afrique australe, après le Lesotho, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, à assouplir son dispositif législatif en faveur du cannabis, et confirme encore un peu plus son rôle de locomotive régionale dans la libéralisation de ce marché. Dans le détail, la supervision de la filière sera confiée au Zambia National Service, une organisation de défense civile et de travaux d’intérêts communs rattachée à l’armée zambienne. La porte-parole du gouvernement, Dora Siliya, a par ailleurs indiqué que le ministère de la Santé précisera prochainement les conditions de délivrance des autorisations nécessaires. La décision traduit en tous les cas un revirement complet des autorités sur la question : jusqu’ici, la culture et la possession de ce psychotrope étaient strictement prohibées, et même passibles de peines de prison.

Manne financière

Les enjeux financiers liés à cet or vert ont, il est vrai, de quoi inciter à la « souplesse ». Selon les projections des cabinets d’études spécialisés Arcview et BDS Analytics, le marché mondial du cannabis pourrait être multiplié par deux fois et demie d’ici à 2022 pour atteindre 32 milliards de dollars par an. S’agissant de l’Afrique seule, le groupe de réflexion Prohibition Partners estime pour sa part que l’usage médical de cette plante pourrait représenter un marché de 800 millions de dollars dès 2023, quand le cannabis récréatif générerait, lui, un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars.

La taille estimée du marché africain du cannabis, tous segments confondus (thérapeutique et récréatif), à l’horizon 2023 (données en milliards de dollars).

Quant à Peter Sinkamba, le président du Parti vert zambien (opposition), qui préconise l’exportation de cannabis depuis 2013, il estime que la décision de légaliser sa culture pourrait rapporter jusqu’à… 36 milliards de dollars par an, soit une fois et demi le PIB national. Un chiffre qui laisse songeur… Pas étonnant qu’avec de telles perspectives – plus ou moins crédibles – la Zambie ait, elle aussi, impulsé une plus grande libéralisation de la filière. Une inclination qui a encore été renforcée par la conjoncture économique du pays, maussade. De fait, avec une dette extérieure de plus de 11 milliards de dollars, des prévisions de croissance pour 2019 revues à la baisse (2 % prévus contre 4 % initialement attendus) et le spectre d’une crise, les autorités zambiennes font tout pour aller chercher de nouveaux relais de croissance, quels qu’ils soient. Reste à savoir si la manne potentielle du cannabis s’avérera profitable à tous. Car à 250 000 dollars la licence, la culture de l’or vert ne sera pas à la portée de tous, rappelle le Lusaka Times, le principal quotidien du pays, pour qui « la décision de légaliser la filière du cannabis est une invitation offerte aux gros cartels étrangers et locaux à s’enrichir massivement aux dépens des Zambiens ». Rhétorique excessive ou salutaire avertissement ? L’avenir le dira.

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