L’alliance de l’OPEP vole en éclats, les cours du pétrole s’effondrent

Sous pression depuis des semaines en raison de l’épidémie de Covid-19, les cours de l’or noir se sont littéralement effondrés lundi 9 mars, après la décision surprise de l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production de pétrole tout en en réduisant les prix. Une catastrophe pour les pays africains exportateurs, déjà fragilisés par la baisse sensible de la demande chinoise.

Ayant pris de court nombre d’observateurs, le choix saoudien d’inonder la planète avec du pétrole à prix cassé fait suite au refus russe, vendredi 6 mars, de s’aligner sur les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), pour limiter la production de brut et permettre ainsi de soutenir les prix dans un contexte international de crise majeure. Cité par l’agence de presse Ria Novosti, Mikhaïl Leontiev, porte-parole du géant russe de l’énergie Rosneft, a expliqué que « du point de vue des intérêts russes, cet accord [de baisse de la production] n’[avait] aucun sens », dans la mesure où retirer du marché l’offre arabe et russe à bas prix revenait à « laisser la place aux schistes américains à prix élevés, pour rendre leur industrie rentable. Notre production serait tout simplement remplacée par celle de nos concurrents », a-t-il conclu.Résultat, le choc annoncé par les décisions respectives de la Russie et de l’Arabie Saoudite « pourrait bien [donner lieu à] la plus dévastatrice des guerres du prix du pétrole de l’histoire récente », pronostique déjà le site spécialisé Oilprice.com.

De fait, après avoir cédé plus de 13 % au cours de la semaine précédente, le cours du Brent a littéralement capitulé dans les premiers échanges du lundi 9 mars, ce dernier plongeant encore de plus de 25 %, vers 34 dollars. Un seuil qui n’avait plus été observé depuis les niveaux historiquement bas de février 2016, au plus fort du contre-choc pétrolier de 2014-2016 (voir graphique ci-dessous)…

Cours du Brent. Évolution depuis février 2016
Source : ICE. Illustration : Boursorama

Mais davantage, « ce qui rend cette guerre des prix particulièrement grave, c’est qu’elle coïncide avec une crise massive de la demande, en raison du coronavirus », explique Robert McNally, président de la firme de conseil Rapidan Energy Group, cité par le Wall Street Journal.

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Une conjonction d’événements qui met le feu aux poudres, et dont les conséquences en chaîne pourraient s’avérer catastrophiques pour les pays africains exportateurs de pétrole. Avec des budgets nationaux établis sur la base d’un baril à 50 dollars, voire à plus de 60 dollars, des pays comme l’Algérie, l’Angola, la Libye, le Congo ou le Nigeria – à la croissance déjà précaire –, verraient leurs économies gravement secouées par ce raz-de-marée pétrolier. Un scénario qui semble malheureusement de plus en plus plausible.