Madagascar : la filière vanille pas suffisamment concurrentielle selon la Banque mondiale

Dans sa dernière note de conjoncture économique consacrée à la Grande Île, la Banque mondiale revient longuement sur la nécessité de réformer certains secteurs clés, en particulier la très stratégique filière vanille.

Après avoir rappelé en préambule que la croissance du pays devrait s’établir à 4,7 % du PIB en 2019, légèrement en retrait par rapport aux 5,1 % de 2018 – sous « l’effet conjugué d’une baisse de la demande extérieure et de la lenteur d’exécution des dépenses publiques » –, l’institution de Bretton Woods explique en substance qu’au-delà des aléas de la conjoncture, Madagascar gagnerait à améliorer son climat des affaires (le pays est classé 161e sur 190 dans le rapport Doing Business 2020). L’étude, intitulée « Perspectives économiques à Madagascar : un nouveau départ ? », insiste notamment sur la levée des freins à la concurrence dans certains secteurs clés tels que les télécommunications et les filières agricoles orientées que sont le litchi et la vanille.

Lien vers la note de la Banque mondiale

La vanille, une filière cadenassée

Premier poste d’exportation du pays (26 % du total en 2017), la vanille malgache est particulièrement concernée par ce constat sans fard. L’institution multilatérale explique ainsi que la chaîne de valeur de l’or vert est extrêmement contrôlée et régulée, ce qui renforce le monopole des opérateurs historiques de la filière et limite l’entrée de nouveaux arrivants. « Les préparateurs souhaitant acheter ou vendre de la vanille verte sur les marchés contrôlés sont tenus de démontrer leur capacité à traiter au moins cinq tonnes de produits », tandis que « les collecteurs ne sont pas autorisés à employer plus de cinq agents » et que « les exportateurs sont tenus de renouveler leur licence chaque année », déplore ainsi la Banque mondiale.

La vanille, une filière essentielle de l’économie malgache

L’institution financière constate par ailleurs que le processus d’enregistrement des acteurs de la filière est géré par un groupement de professionnels composé notamment des collecteurs, des préparateurs et des exportateurs. Une configuration qui, là encore, « pourrait constituer un conflit d’intérêts susceptible d’empêcher l’entrée de nouveaux opérateurs ». Même une mesure louable telle que l’interdiction en 2016 du conditionnement sous vide1 – une décision destinée à assurer la qualité de la vanille malgache – pose problème, car, en limitant les options de vente, « elle oblige les petits exploitants (dénués de moyens de stockage adéquats, NDLR) à commercialiser immédiatement leur récolte pour éviter la détérioration de leur produit », ce qui les met de facto à la merci des négociants.

1 Le conditionnement sous vide de la vanille est le procédé par lequel la vanille verte, privée d’oxygène, garde son humidité, sa forme et sa grosseur. Cette méthode de conditionnement arrête en revanche le processus de transformation de la vanille, ce qui se traduit par une teneur sensiblement plus faible en vanilline (molécule à l’origine de l’arôme de l’épice), et donc une qualité gustative moindre.

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Libéraliser le marché

L’institution financière constate par ailleurs que le processus d’enregistrement des acteurs de la filière est géré par un groupement de professionnels composé notamment des collecteurs, des préparateurs et des exportateurs. Une configuration qui, là encore, « pourrait constituer un conflit d’intérêts susceptible d’empêcher l’entrée de nouveaux opérateurs ». Même une mesure louable telle que l’interdiction en 2016 du conditionnement sous vide1 – une décision destinée à assurer la qualité de la vanille malgache – pose problème, car, en limitant les options de vente, « elle oblige les petits exploitants (dénués de moyens de stockage adéquats, NDLR) à commercialiser immédiatement leur récolte pour éviter la détérioration de leur produit », ce qui les met de facto à la merci des négociants.

Libéraliser le marché

En conséquence, l’organisation préconise de faciliter l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché – une politique qui serait selon elle « bénéfique à une plus grande partie de la population » – et répertorie cinq mesures clés pour y parvenir. À savoir :

  • (1) supprimer l’interdiction du conditionnement sous vide au profit d’un meilleur étiquetage et d’une meilleure traçabilité 
  • (2) éliminer certaines barrières réglementaires restrictives telles que la limitation du nombre d’agents pouvant travailler avec un fournisseur 
  • (3) améliorer le suivi de la détermination des prix par le Conseil de la Concurrence 
  • (4) inciter les entreprises internationales à réaliser des audits de la chaîne de valeur 
  • (5) enfin, encourager l’agriculture contractuelle ou une organisation optimale de la filière, notamment à travers des partenariats entre producteurs, collecteurs et exportateurs.
    Autant de mesures qui, bien appliquées, permettraient de générer « une croissance productive, inclusive et durable à Madagascar ».