Sénégal : les paysans contestent le prix de l’arachide proposé pour la campagne qui s’ouvre

Attendu depuis plusieurs semaines par les acteurs de la filière sénégalaise, le prix de l’arachide proposé par le Comité national interprofessionnel de l’arachide (CNIA) a finalement été fixé à 210 francs CFA le kilo pour la campagne 2019/2020, qui doit s’ouvrir ce lundi 25 novembre. Un niveau de cours qui passe mal auprès des paysans.

Inchangé par rapport à la campagne précédente, le prix suggéré doit encore être validé par le ministre de l’Agriculture, Moussa Baldé, mais l’annonce provoque d’ores et déjà des remous. Cité par le site d’information Senenews, Ibrahima Badiane, président de la fédération des producteurs d’arachides de Kaolack et Fatick (le cœur du bassin arachidier sénégalais, dans le centre-ouest du pays) critique pour sa part la « gestion solitaire » du ministre, « injoignable », et qui en « n’impliqu[ant] aucun acteur dans la gestion de la filière […] va vers un échec cuisant ». Pour le représentant des arachidiers, « l’État pouvait aller jusqu’à 225 francs CFA (0,34 euro) ».

Le gouvernement s’est pourtant donné les moyens de réussir la nouvelle campagne arachidière, avec le financement réussi pour 30 milliards de francs CFA (46 millions d’euros), début novembre, de la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos) par la Société islamique internationale de financement du commerce (ITFC), l’objectif étant de financer l’achat de graines d’arachides au cours de la campagne. Une communication financière rassurante qui ne convainc cependant pas les principaux concernés, ces derniers redoutant que l’État les prépare « […] à une reculade sur la subvention du prix de l’arachide, ce qui ser[ait] catastrophique ». Autre inconnue en ce début de campagne, et non des moindres, le niveau des achats attendus en provenance de Chine, premier client du Sénégal pour l’arachide et ses dérivés : la puissance asiatique représente plus de 95 % des exportations d’arachide non grillée du pays, le statut de premier producteur mondial d’arachide (16 millions de tonnes/an) de l’Empire du Milieu ne suffisant habituellement pas à couvrir les besoins (18 millions de tonnes/an) de la seconde puissance économique planétaire… sauf en cas de bonne récolte.

La place prépondérante de l’arachide dans l’agriculture sénégalaise (en orange, la zone où est cultivée l’arachide).